Textes - VIDÉOCAPTURE BAUMANN par NATACHA WOLINSKI
VIDÉOCAPTURE BAUMANN par NATACHA WOLINSKI
Vidéocapturez-moi! En 1992, le photographe Arnaud Baumann, dépêché par Libération pour couvrir le Festival de Cannes, fait un juste diagnostic de la difficulté de sa mission. Entre les bousculades sur la Croisette et les empoignades sur les Marches du Palais, ce n'est pas avec son mètre soixante dix qu'il va fendre les foules, piétiner ses collègues, et ramener chaque jour un cliché dévastateur du décolleté d'Adjani. Baumann a alors une idée lumineuse: plutôt que de surmener son appareil photo et sa santé, il choisit d'opérer en douceur et de placer Cannes sous orbite vidéo. À charge pour lui de prélever chaque soir dans la profusion des rushs, les deux ou trois images capitales de la journée, les deux ou trois mouvements imperceptibles qu'un appareil photo aurait forcément ratés, bref les deux ou trois vingtièmes de secondes qui font la différence. Arnaud Baumann le schizophrène a inventé les "Vidéocaptures": une sorte d'arrêt sur images à la croisée de la vidéo et de la photo. Depuis, il s'est pris au jeu de ces petites histoires sans parole qu'il glane au détour d'une promenade, d'un défilé de mode, d'une séance de portrait en studio. La
caméra à bout de bras, toujours prêt à filmer l'imprévisible, il filtre le monde dans la rétine de sa vidéo. Tel un démiurge ravi de fractionner les secondes pour mieux recomposer ces moments fugaces qui sont la trame d'une vie: la naissance d'une larme, le vent dans une chevelure, l'étreinte de deux amants. © Natacha Wolinski, pour Info Matin juin1995
